Phréatique
2006
Ce projet propose un questionnement sur le rapport que l’Homme entretient avec l’eau.
Problème de l’eau potable, business de l’eau, pollution, désertification sont les thèmes abordés dans ce parcours jalonné de travaux plastiques graves, drôles ou provocateurs.
Mes travaux expriment ma sensibilité par rapport à la destruction de la nature, symptôme d’une société humaine sur le déclin. Bien que le message transmis par mes oeuvres puisse sonner comme un signal d’alarme, l’exposition Phréatique se veut avant tout un regard ironique sur la réalité.
Les travaux présentés puisent leur source dans des symboles forts du quotidien; panneaux routiers détournés, logos de multinationales dont les activités mercantiles touchent au domaine de l’eau et autres objets évoquant de près ou de loin la désertification.
Vidéo, diaporama, installations, objets-sculptures sont autant d’oeuvres étranges, dérangeantes ou amusantes qui interpellent le visiteur à plusieurs niveaux; le message semble écologique d’abord, mais petit-à-petit d’autres sentiments et émotions sont sollicités et le visiteurs se laisse transporté dans cet univers parlant de la vie, de la mort, de l’humour, de l’angoisse, des choses fondamentales en somme.
Phréatique est l’aboutissement d’environ quatre années de réflexion qui ont suivi l’exposition Nature Urbaine que j'avais présentée au Centre d’Art en l’Ile en 2001. Cette expositions parlait d’une manière plus générale du rapport qu’entretient l’Homme avec la Nature.
Au moment ou même les américains commencent à se soucier de l’avenir de la planète, l’exposition Phréatique est un témoin de ce début de vingt-et-unième siècle en perte de repères et qui semble mener l’humanité à vau-l’eau.




Son d'ambiance de l'exposition: Alarme Eau
Taxation à la source
Cette installation vidéo représente la silhouette d’un arbre mort, symbole de l’épuisement des ressources naturelles. Sur l’une de ses branches, le nid du logo de Nestlé interpelle immédiatement, soulignant la thématique centrale de l’œuvre : l’appropriation et la marchandisation des sources d’eau potable.
À travers la silhouette de l’arbre, l’image d’une chute d’eau projette une dualité puissante entre abondance et destruction. Le bruit de l’eau qui coule vient renforcer l’expérience immersive, mais aussi évoquer un paradoxe : alors que l’eau semble intarissable dans l’imaginaire collectif, sa gestion commerciale par les multinationales la transforme en une ressource rare et disputée.
L’arbre, vidé de vie, devient un emblème des conséquences désastreuses de l’exploitation excessive des écosystèmes, tandis que le logo, subtilement intégré, met en lumière les pratiques controversées liées à l’extraction et la commercialisation de l’eau en bouteille. Cette œuvre questionne notre rapport à cette ressource vitale et appelle à une prise de conscience collective sur les enjeux sociaux et environnementaux du business de l’eau.
Le Monde à l'envers
Cette réalisation invite à réfléchir sur l’urgence climatique. Elle est composée d’un globe terrestre placé à l’envers, bouleversant ainsi notre perception habituelle du monde. Sur l’emplacement de l’Antarctique est intégrée une grille d’écoulement en métal symbolisant la fonte des glaces et l’effondrement écologique en cours.
Un dispositif sonore accompagne cette installation, diffusant un bruit continu d’eau qui s’écoule. Ce son immersif rappelle le processus irréversible de la fonte des glaciers, évoquant à la fois la fragilité des écosystèmes polaires et l’impact dévastateur des activités humaines sur l’équilibre climatique.
En renversant le globe, l’artiste suggère que le monde, tel que nous le connaissons, est en train de basculer. L’Antarctique, souvent invisible sur les cartes traditionnelles, devient ici le point central d’une problématique universelle : la perte des ressources naturelles et les conséquences globales de la crise environnementale. Cette installation interpelle sur notre rôle collectif face à ces enjeux et sur l’urgence d’agir pour préserver notre planète.


Le Bateau Ivre
Cette installation, à la fois simple et percutante, est composée d’un bateau en origami posé sur un bassin. Sur la voile du bateau, le mot Suez évoque la célèbre multinationale impliquée dans la gestion et la commercialisation de l’eau, tandis que la tête de Zeus, imprimée à l’envers, joue sur une double lecture. Le reflet dans l’eau nous fait lire le mot « Zeus » imprimé sur son visage, transformant la référence mythologique en un commentaire subtil et critique.
L’œuvre dénonce le rôle des multinationales dans la marchandisation d’une ressource vitale. En s’appropriant ce bien commun pour en tirer des profits colossaux, ces entreprises adoptent une posture quasi divine, se plaçant au-dessus des besoins des populations et des impératifs écologiques. La tête renversée de Zeus, dieu suprême dans la mythologie grecque, souligne cet abus de pouvoir et interroge la prétention des hommes à contrôler des éléments aussi fondamentaux pour la vie.
Le bassin, avec son eau calme et réfléchissante, renvoie à la fois à la pureté de cette ressource et à sa fragilité face aux appétits financiers. Ce contraste, allié à la simplicité poétique du bateau en papier, renforce le message : la valeur de l’eau dépasse de loin son exploitation mercantile. Cette installation invite à repenser notre rapport à l’eau et à dénoncer les pratiques des multinationales qui, au nom du profit, se substituent à la nature elle-même.

L'Appel du Large
Cette intervention montre un coquillage posé sur un lit de sable, évoquant un élément naturel et poétique souvent associé à la mer. Cependant, elle intègre un dispositif sonore qui joue un message troublant lorsque l’on porte le coquillage à l’oreille: « Ce numéro n’est plus en service », une phrase familière des messages téléphoniques indiquant une déconnexion ou une absence.
Ce contraste entre le rêve marin et la dissonance d’une voix mécanique pointe directement sur la problématique de la surexploitation des ressources marines et de la pollution des océans. L’œuvre questionne la rupture entre l’humain et la nature, mettant en lumière un appel à l’aide venant des mers, désormais déconnectées ou abandonnées, comme un numéro de téléphone obsolète.
Le spectateur est invité à réfléchir à la manière dont les océans, autrefois sources de vie et d’imaginaire, sont aujourd’hui menacés, laissant derrière eux un écho de désolation.

Mer Morte
Cette installation en deux parties illustre la tragédie écologique de l’assèchement des mers dû à l’exploitation humaine.
Au début de l’exposition, un panneau indicateur bleu, marqué du mot “Арал” (Aral en cyrillique), est une référence directe à la mer d’Aral, autrefois l’un des plus grands lacs du monde, aujourd’hui presque entièrement disparu. La flèche en forme de trident de Neptune, dieu romain des mers, symbolise à la fois le pouvoir des eaux et leur perte. Elle évoque l’ironie du lien brisé entre le divin et la nature, où Neptune pointe vers une destination désormais vide.
Plus loin dans l’espace d’exposition est tracée sur le sol la silhouette de la mer d’Aral, rappelant les contours utilisés sur les scènes de crime. Ce choix visuel renforce l’idée que l’assèchement de la mer d’Aral est une catastrophe orchestrée par les actions humaines, notamment à cause de l’irrigation excessive et des barrages.
En combinant un symbole mythologique et un rappel concret de la disparition d’un écosystème, cette œuvre invite à réfléchir à l’impact irréversible de l’exploitation humaine des ressources naturelles. L’installation fonctionne comme un mémorial visuel et une critique écologique.


Bois-sans-soif
Cette installation se présente comme une réflexion critique sur la consommation effrénée de l’eau potable dans les sociétés riches. Elle met en scène une poubelle débordante de bouteilles d’eau d’Evian vides dont les étiquettes ont été remplacées par une représentation détournée du panneau de fin de localité française, marquant symboliquement « la fin d’Evian ».
À travers cette œuvre, l’artiste dénonce plusieurs problématiques environnementales et sociales : d’une part, l’épuisement des ressources naturelles, avec des sources d’eau taries sous la pression d’une surconsommation exacerbée ; d’autre part, les conséquences d’une culture axée sur l’achat d’eau en bouteille. Celle-ci contribue non seulement à une accumulation de déchets plastiques, mais elle rend aussi l’accès à l’eau potable prohibitif pour les populations les plus vulnérables, exacerbant ainsi les inégalités mondiales.
L’esthétique minimaliste de l’installation — une poubelle ordinaire débordant de déchets pourtant luxueux par leur origine — met en lumière l’absurdité d’un système où une ressource essentielle et universelle devient un produit de consommation élitiste. Cette œuvre invite donc à repenser nos habitudes de consommation et à prendre conscience de l’impact écologique et social de nos choix quotidiens.


Gabelle
Trois jerrycans remplis d’eau, chacun marqué d’un symbole monétaire — dollar ($), euro (€), livre sterling (£) — qui, assemblés, forment le mot “SEL”. Ce choix subtil évoque la taxation historique du sel, devenue ici une métaphore pour une ressource tout aussi essentielle: l’eau potable.
Avec cette œuvre, l’artiste met en lumière le contrôle exercé par certaines multinationales sur les grands marchés de distribution d’eau. En monopolissant cette ressource vitale, ces entreprises transforment un bien commun en une marchandise lucrative. Résultat : des populations entières, souvent dans les régions les plus vulnérables, deviennent tributaires de ce système, subissant des coûts croissants pour accéder à une nécessité de base.
Les symboles monétaires inscrits sur les jerrycans rappellent que derrière chaque goutte d’eau se cache une économie mondialisée, où les enjeux financiers priment sur les considérations humanitaires. Le titre, GABELLE, renvoie à une histoire de taxation injuste, soulignant l’ironie contemporaine d’un système qui, en « salant la facture », reproduit des formes modernes d’inégalité et d’exclusion.
Cette installation invite à réfléchir sur la marchandisation de l’eau et sur les moyens d’assurer un accès universel et équitable à cette ressource fondamentale.

La Petite Sirène
Cette œuvre interroge notre époque sur des enjeux cruciaux : la désertification et la dérive de l’humanité.
Au-delà du constat environnemental alarmant qu’est l’avancée des déserts, cette sirène échouée dans un paysage aride devient un symbole puissant d’une humanité en perte de repères. Ici, la sirène – créature mythique, incarnation du rêve et de la spiritualité – gît dépouillée de ses attributs magiques. Cette dépouille incarne une humanité devenue trop terre-à-terre, absorbée par le matérialisme et la quête narcissique de pouvoir et de richesse, au détriment des valeurs fondamentales qui lient l’homme à son environnement et à son imaginaire.
Dans ce paysage aride, la sirène échouée raconte la disparition des mythes et des symboles qui autrefois donnaient sens et orientation au monde. En renonçant à ces ancrages spirituels, l’humanité s’est enfermée dans une logique égoïste et destructrice, laissant la terre s’appauvrir tout autant que son âme collective.
Cette œuvre invite à une réflexion urgente sur notre avenir commun. Elle nous exhorte à retrouver ces valeurs essentielles – le respect, la spiritualité, et la connexion au vivant – afin de réconcilier l’humanité avec elle-même et avec la nature.

Santa Maria
Une épave de bateau enfermée dans une bouteille, revisite un objet traditionnellement associé à l’évasion et aux rêves d’horizons lointains : les maquettes de navire en bouteille. Ici, cependant, l’image onirique laisse place à une vision désenchantée. Le navire, autrefois symbole d’exploration et de découverte, est réduit à une carcasse échouée dans un désert miniature de sable et de bois brisé.
Cette œuvre traite de manière subtile mais percutante de la désertification, ce processus insidieux par lequel la vie s’efface peu à peu sous les assauts conjugués des activités humaines et des changements climatiques. Enfermée dans cette bouteille, l’épave devient une métaphore de l’impuissance de l’humanité face à ses propres dérives : les espaces naturels rétrécissent, les ressources s’épuisent, et ce qui fut autrefois synonyme d’aventure se mue en souvenir figé, confiné et stérile.
La bouteille, à la fois fragile et hermétique, devient le contenant d’un monde en déclin, un avertissement silencieux sur les conséquences d’un développement irrespectueux de l’environnement. En se refermant sur elle-même, l’humanité risque de transformer la planète en une prison désertique, où les rêves d’expansion ne laisseront derrière eux que des traces de destruction.
SANTA MARIA interpelle le spectateur et pose une question essentielle : quel héritage laissons-nous à ce monde ? Allons-nous continuer à dériver sans cap, ou trouverons-nous la force de redonner vie aux horizons que nous avons laissés se dessécher ?

La Pêche Miraculeuse
Cette installation est un manifeste dénonçant les ravages de la surexploitation et de la pollution marine. Un filet de pêche retient des coquilles Saint-Jacques peintes en jaune et rouge, des couleurs immédiatement associées au logo de la compagnie pétrolière Shell. Ce choix ne doit rien au hasard : il relie la destruction des écosystèmes marins aux grandes multinationales qui, dans leur quête incessante de rendement, exploitent sans mesure les océans.
Le titre de l’œuvre, qui évoque un miracle biblique, prend ici une dimension ironique. Là où les pêcheurs espéraient autrefois une abondance naturelle et bienveillante, on ne trouve plus qu’une capture symbolique des conséquences désastreuses des activités humaines : pollution par les hydrocarbures, déclin des stocks de poissons et perte de biodiversité. Le filet de pêche devient ainsi un témoignage des pratiques industrielles qui, au nom du profit, vident les océans et empoisonnent la planète.
En associant l’imagerie de la pêche à celle des géants du pétrole, cette intervention met également en lumière les liens entre deux industries responsables d’un déséquilibre écologique profond. L’œuvre interroge le spectateur sur les choix collectifs et individuels qui permettent à ces systèmes de prospérer au détriment de l’environnement.
Cette œuvre nous invite à repenser notre rapport aux ressources naturelles et à redéfinir ce que signifie réellement une pêche “miraculeuse” : la sauvegarde des écosystèmes marins et une exploitation responsable de ce que la nature nous offre.

Marée Noire
Cette intervention est d’une grande puissance symbolique. Elle combine une esthétique rétro et une critique contemporaine pour aborder un problème environnemental majeur : la pollution des océans par les pétroliers.
Le choix du tourne-disque et de la chanson La Mer de Charles Trenet, un classique célébrant la beauté et l’immensité de l’océan, contraste fortement avec l’image des navires pétroliers en train de couler sur le disque. L’action répétée du bras de lecture butant contre une épave, provoquant la répétition des mots reflets d’argent, renforce l’idée d’un cycle destructeur : la beauté naturelle (reflets d’argent) est perturbée et dénaturée par l’action humaine.
Cette œuvre joue aussi sur la nostalgie et l’ironie : la chanson, empreinte de douceur et d’émerveillement, est transformée en une boucle oppressante, évoquant la répétition des catastrophes écologiques. Le spectateur est ainsi amené à réfléchir à la manière dont nos actions affectent durablement les océans.
C’est une œuvre percutante, qui mêle poétique et critique pour sensibiliser aux enjeux environnementaux.
Nature Morte
Cette œuvre est une métaphore saisissante de la désertification et de ses conséquences sur notre planète. En fixant un crâne de chameau, animal emblématique des régions arides, sur le support d’un globe terrestre, l’artiste établit un parallèle frappant entre la fragilité des écosystèmes et l’impact global des changements environnementaux.
Le choix du crâne, symbole de mort et de disparition, renforce l’idée d’un avenir où la vie pourrait s’éteindre dans des zones autrefois habitables. En utilisant le support d’un globe terrestre, l’œuvre universalise ce phénomène : la désertification n’est pas seulement un problème régional, mais une crise mondiale qui touche tous les continents.
Le contraste entre l’outil scientifique (le globe, vecteur de connaissance) et la réalité brutale qu’il supporte (le crâne) invite à une réflexion profonde sur l’urgence d’agir pour freiner la dégradation des terres. Cette installation est à la fois une mise en garde et un appel à protéger la planète avant que sa diversité ne soit réduite à un simple vestige.

Phréatique
Cette œuvre est un exemple percutant de détournement de symboles pour dénoncer une injustice écologique et sociale. En transformant le panneau signalant une zone de protection des eaux en y intégrant la célèbre vague du logo Coca-Cola, l’artiste pointe du doigt l’ironie amère de la situation : des ressources vitales, comme l’eau, censées être protégées, sont accaparées par des multinationales pour des intérêts commerciaux.
Le scandale évoqué, où Coca-Cola utilise massivement les nappes phréatiques pour produire ses boissons, est amplifié par cette création. L’impact visuel est fort : le spectateur reconnaît immédiatement le logo détourné et comprend la critique sous-jacente. Le contraste entre le symbole de protection (le panneau officiel) et l’appropriation industrielle (la vague Coca-Cola) souligne la tension entre l’intérêt public et les intérêts privés.
Cette œuvre met en lumière les conséquences environnementales et sociales de ces pratiques, notamment dans les pays en développement où l’accès à l’eau est déjà problématique. Elle appelle à une prise de conscience et à une responsabilisation des acteurs économiques pour préserver une ressource essentielle à la vie. C’est une critique subtile mais incisive de la marchandisation d’un bien commun.

Oasis
Un diaporama de photos du désert d’Arabie avec le mot EAU et le nom du pays ÉMIRATS ARABE UNIS en avant-plan.
En jouant sur le mot “EAU” et sur l’identité des Émirats Arabes Unis, cette œuvre dénonce un paradoxe : l’utilisation excessive de technologies et de ressources pour transformer des paysages désertiques, au mépris des équilibres naturels et écologiques.
Le désert, souvent symbole d’austérité, de pureté et d’harmonie naturelle, devient ici un espace manipulé et artificialisé. C’est une critique de la quête démesurée de modernité et de luxe, au détriment de l’environnement. Cette transformation aberrante évoque également des questions de durabilité : jusqu’où peut-on aller pour imposer une vision de prospérité qui, paradoxalement, repose sur l’épuisement des ressources, notamment l’eau, si rare dans ces régions ?